Idées et opinions

Et si la France prenait l’initiative d’un G20 agricole en 2019 ?

Cet article est également paru en version courte dans le Cercle Les Echos


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Dans son discours à l’OCDE le 30 mai, le Président Macron propose un diagnostic et une ambition à même de refonder le multilatéralisme. Les craintes d’escalades dans le bras de fer sur la réduction des surcapacités de production d’acier et la volonté américaine de réduire ses déficits abyssaux questionnent en effet à nouveau les règles commerciales multilatérales et leur application.

Le constat dressé est clair : « les dernières avancées majeures remontent presque à la création de l’OMC elle-même en 1994 » et il est faux de « considérer qu’une mondialisation non régulée est forcément bonne et qu’une main invisible règle tout ». Aussi pour éviter d’être les « somnambules » du multilatéralisme, il en appelle à « une mise à jour complète des règles qui structurent la concurrence internationale » sur la base d’une « négociation intégrant au départ les Etats-Unis, l’Union européenne, la Chine et le Japon qui serait rapidement étendue notamment aux pays du G20 et de l’OCDE ». Il esquisse ainsi l’agenda des sommets du G7-G20 de 2019 dont la présidence sera française.

Alors même que le cycle de Doha qualifié lors de son lancement de « cycle du développement » bute depuis plus de 10 ans sur les questions agricoles et alimentaires comme l’a encore montré la ministérielle de Buenos Aires en décembre dernier, il est temps d’établir les raisons de la malfaçon des règles de l’OMC en matière agricole. Si le Président de la République indique vouloir prioriser sur les sujets de fiscalité, d’écologie et de développement, nul doute que les règles agricoles de l’OMC définis dans l’accord agricole du cycle de l’Uruguay de 1994 devront être passées en revue, compte tenu des liens entre les sujets agricoles, la protection de l’environnement et le développement.

Etablies entre Américains et Européens, ces règles visaient à établir une discipline commune pour éviter les pratiques non coopératives à l’instar des subventions à l’exportation qui entrainaient les prix internationaux à la baisse. Après les flambées de prix des matières premières des années 1970, les cours internationaux de commodités agricoles ont en effet connu une longue période de dépression jusqu’au milieu des années 2000. C’est avec la crise de 2007/08 que les carences du cadre multilatéral se sont révélées : les règles visaient à faire remonter des prix trop bas … mais aucune coopération n’avait été pensée pour éviter les embardées de prix préjudiciables à la sécurité alimentaire.

Cette hémiplégie peut s’interpréter comme la résultante de la foi dans l’efficience des marchés : il suffisait du supprimer les distorsions par les politiques publiques pour que les prix retrouvent « leur niveau d’équilibre ». La crise alimentaire de 2007-2008 est passée par là, pour beaucoup le cycle de Doha s’est enrayé en juillet 2008 quand Indiens et Américains n’ont su dégager un constat commun sur les limites du cadre multilatéral.

Aujourd’hui, l’Europe est la seule à continuer de se voir comme la bonne élève de l’OMC, alors que tous les pays renforcent leurs politiques agricoles pour se protéger contre des prix internationaux en deçà des coûts de production de la plupart des producteurs, depuis plusieurs années. La constitution d’un marché mondial intégrant l’ensemble des agricultures aurait supposé une coopération forte entre ses promoteurs pour être en capacité d’endiguer les excès de l’instabilité des marchés agricoles. Tel n’a pas été le cas.

Alors que dans l’esprit des rédacteurs des règles de 1994 il suffisait de vider les politiques agricoles de leur substance pour qu’émerge un grand marché mondial stabilisateur, la voie étroite d’un nouveau multilatéralisme ne pourra passer que par la recherche d’une coopération entre politiques régionales stabilisatrices et durables au service de la sécurité alimentaire, de la lutte contre le changement climatique, de la protection de l’environnement et du développement des campagnes.

Compte tenu des enjeux alimentaires et ruraux qu’ont à traiter la Chine et l’Inde, la réécriture d’un nouveau cadre multilatéral devra laisser une place importance à ces géants démographiques et agricoles. Les accords sur produits de base qui ont structuré les échanges internationaux – et auront permis leur développement – tout au long du 20ème siècle jusqu’au début des années 1980 constitueront sans doute une base importante pour ce nouveau multilatéralisme.

Il conviendra également d’avoir à l’esprit que pour chaque produit agricole, les 3 ou 4 pays producteurs concentrent en général plus des 2/3 des échanges internationaux voire de la production mondiale. C’est notamment le cas des pays du sud-est asiatique qui ont renouvelée, avec succès, leur coopération en faveur de la stabilisation des prix du riz depuis la crise de 2007/08.

Au final, entre les nécessités stratégiques d’une nouvelle coopération internationale et les ouvertures du discours du Président Macron à l’OCDE, il apparait qu’une part importante de l’activité des sommets du G7-G20 de 2019 devra être dévolue aux questions agricoles et de sécurité alimentaire.

Nous en appelons donc à l’organisation d’une ministérielle agricole lors du G7 sous présidence française ou du G20 en 2019.

Huit années après le G20 agricole de 2011 sous présidence française, l’occasion sera alors donnée de considérer à nouveau les enjeux agricoles et alimentaires, passage obligé d’une sortie de crise du multilatéralisme, mais cette fois-ci dans une période internationaux bas, contrairement à 2011.

 

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