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Newsletter n°38 : Agroécologie, économie, prix du lait et sécheresse

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Bonjour,

L’actualité agricole est marquée par une violente envolée des prix en réponse aux craintes des opérateurs d’un manque de disponibilités, qui devient plurifactorielle : céréales bloquées en Ukraine, explosion du prix des énergies qui pèse sur les intrants et tous les coûts intermédiaires, sécheresse qui pénalise les semis et inquiète pour les récoltes à venir, restrictions aux exportations…

On assiste à des situations inédites, comme la convergence du prix du lait conventionnel avec celui du lait bio. Cet alignement des prix ne serait que passager, mais il porte cependant un coup de projecteur supplémentaire sur les difficultés de la filière bio qui peine actuellement à rémunérer ses producteurs et conserver ses consommateurs, pour qui le facteur prix prend davantage d’importance dans un contexte inflationniste. On constate ici la démonstration des limites d’Egalim : loi ou pas, passer des hausses quand l’offre est (désormais de façon structurelle) excédentaire est très compliqué. Par ailleurs, les indicateurs du CNIEL sur les coûts de production sont actualisés de façon annuelle avec un an de décalage et ne peuvent donc permettre la prise en compte d’une flambée rapide des coûts de production.

Les acteurs du secteur craignent maintenant de voir se produire des déconversions, puisque le bio n’a pas pu passer les hausses de prix nécessaires pour répercuter la flambée des charges. Or, pas d’agroécologie sans économie. La transition agroécologique doit nécessairement s’accompagner de prix rémunérateurs qui permettent de valoriser les pratiques vertueuses, et d’un soutien technique et financier nécessaire durant la phase d’apprentissage et de développement de ces nouveaux modèles, propres à chaque exploitation. En effet, l’agroécologie, au-delà du concept très séduisant de « laisser faire la nature », c’est un ensemble de pratiques dont la maîtrise prend du temps et se fait au prix de nombreux échecs, dont le coût est supporté par l’agriculteur qui doit aussi gérer la pression sociale de son entourage et les craintes de son banquier. La transition agroécologique, c’est passer du concept « 1 problème, 1 molécule, 1 solution », reproductible avec efficacité quasiment partout et chaque année, à une palette d’outils dont l’efficacité va dépendre d’une multitude de facteurs et dont la réussite sera variable selon l’année. Ce n’est pas une recette transposable d’une exploitation à une autre. C’est une prise de risque considérable qui doit être accompagnée, économiquement et techniquement.

Et il devient urgent d’aider les exploitations à se lancer dans cette recherche d’alternatives, qui doivent être combinées entre elles pour fonctionner, et permettre aux exploitations agricoles d’être plus résilientes dans la perspective des événements climatiques à venir. Serge Zaka docteur en agroclimatologie, nous explique dans cette interview pourquoi la sécheresse précoce observée en mai a un impact si important sur les cultures, et la combinaison de solutions qu’il est nécessaire de mettre en œuvre dès maintenant pour anticiper sur les prochaines années qui s’annoncent d’ores et déjà difficiles. Mais si la France forme chaque année des centaines d’agronomes et de météorologues, les profils aux compétences croisées comme le sien sont rares, alors qu’ils sont devenus indispensables dans cet accompagnement à la transition agroécologique.

Bonne lecture,                                                                

 

Jacques Carles, Président d’Agriculture Stratégies

Le 24 mai 2022

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