ArchivesEditos

Newsletter n°24 : Nouvelle PAC, aides de crise américaines et libre échange africain

Télécharger le PDF

 


Bonjour,

L’actualité politique de ce mois d’octobre aura été chargée. Le Conseil des Ministres et le Parlement Européen ont tous deux rendu leur copie sur les grandes lignes de leur vision de la future PAC. Entre Green Deal, Stratégie de la fourche à la fourchette et plan stratégiques nationaux, nous resituons les débats dans notre article Négociations de la future PAC : où en est-on ?. Comme nous le craignions, les discussions ont porté principalement sur la répartition des enveloppes (alors que le cadre financier n’est toujours pas approuvé par le Parlement), et non sur la façon d’atteindre les objectifs portés par le Green Deal.

Les marges de manœuvre de plus en plus importantes laissées au choix des Etats Membres donnent à la subsidiarité une nouvelle dimension. Comment répondre aux enjeux environnementaux et assurer la sécurité alimentaire européenne avec cette PAC de moins en moins commune ? Dans le cadre du Débat ImPACtons, notre proposition sur la révision de la PAC continue de rappeler une réalité : on ne pourra pas accompagner l’agriculture européenne vers la durabilité tout en continuant à réduire le budget de la PAC et à déréguler les marchés agricoles.

La réhabilitation de l’intervention publique lorsque les marchés sont perturbés est une nécessité pourtant bien comprise outre-Atlantique. De la crise du Covid aux Présidentielles américaines, Donald Trump déverse une pluie d’aide pour sécuriser le revenu… et le vote des farmers. Après l’annonce en 2018 d’un premier train d’aides exceptionnelles de 12 milliards, suivi en 2019 d’un second volet d’aides supplémentaires de 16 milliards de dollars afin de compenser la perte de certains marchés à l’export, l’administration Trump a offert une nouvelle vague d’aide pour l’année 2020, baptisée Coronavirus Food Assistance Program (CFAP). Les aides directes à l’agriculture américaine vont ainsi atteindre plus de 51 milliards sur l’année 2020, soit 5 fois le budget annuel habituel, et l’aide de crise y représente 80%… Alors que l’enveloppe de crise de la future PAC est dotée de 400 millions annuels.

Les USA et l’Europe ont des politiques radicalement différentes sur la gestion des crises, mais également en termes d’aide alimentaire : aux Etats-Unis, le budget d’aide alimentaire est 150 fois plus important qu’en Europe. D’un côté une politique de grande envergure d’en moyenne 100 milliards de dollars par an et qui va connaître une augmentation de plus de 20 milliards en 2020, et de l’autre une « misère budgétaire » de 650 millions par an et des intentions aussi floues que très faibles pour faire face à l’augmentation de la pauvreté due à la crise sanitaire.

La crise Covid aura eu également pour effet de décaler la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), alors que la Banque mondiale estime que la ZLECAF est « une véritable occasion de stimuler la croissance, de réduire la pauvreté et d’élargir l’inclusion économique en Afrique, et cela malgré la crise engendrée par le coronavirus ». Jacques Berthelot, agroéconomiste et spécialiste des politiques agricoles exprime des réserves justifiées, dans son interview pour Ecofin : La Zone de libre-échange continentale Africaine (ZLECAF) : facteur de croissance ou risque de fragilisation des pays les plus pauvres ? que nous avons reprise. Selon lui, alors que la circulation des biens et des personnes manque encore largement de fluidité, l’abaissement des droits de douane entre Etats africains va porter préjudice aux moins développés qui risquent de se voir submergés par les exportations.

Bonne lecture,

Jacques Carles, Président d’Agriculture Stratégies

Le 9 novembre 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page