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Newsletter n°12 : Saisine de l’OMC, Coût de la crise du lait, Fake news, Agro-écologie

Bonjour,

Cette nouvelle newsletter s’ouvre par un article où l’on questionne les raisons qui ont poussé l’Union européenne le 25 janvier dernier à porter l’affaire des olives espagnoles devant l’instance du commerce internationale :  l’UE a-t-elle sur-réagi en saisissant l’OMC pour défendre les aides découplées ? Nous y relevons deux contradictions importantes et analysons les minces chances de succès de l’UE. Pourquoi cette attaque alors que l’UE souhaite exclure les sujets agricoles des négociations commerciales qui s’ouvrent avec les Etats-Unis ? Pourquoi défendre bec et ongles des règles au cœur du blocage du cycle de Doha si l’UE entend vraiment relancer le multilatéralisme ?

De la nécessaire évolution des règles du commerce international il est également question dans l’article publié dans les Echos par Richard Hiault grand reporter et spécialiste du commerce international. Précisant les principaux enjeux, cet article fait état des orientations tracées par le Président Macron et cite différents travaux dont notre deuxième note de référence stratégique « Pour une réforme du multilatéralisme : un défi pour les institutions européennes et une solution pour la PAC ».

Les difficultés rencontrées par les agriculteurs européens ne sont pas toutes consécutives d’un cadre multilatéral défaillant. Alors que les stocks de poudre de lait issus de la crise du lait de 2015-2016 viennent enfin d’être liquidés, nous avons souhaité évaluer le choix de la Commission de recourir seulement à des appels d’offre à prix cassés. On en retient que la stratégie de la Commission a coûté 2,3 milliards d’euros aux éleveurs européens et a conduit à une subvention de 140 millions d’euros pour les transformateurs dont une partie s’apparente de toute évidence à une subvention à l’exportation. Bref, avec une stratégie de sortie des quotas qui n’a pas abouti à l’ « atterrissage en douceur » escompté et une faible réactivité à prendre les mesures que la crise imposait, le bilan global de l’action de la Commission doit être assumé pour faire évoluer le logiciel du régulateur sectoriel et engager une démarche de progrès.

De ses différents manquements, « la Commission ne semble pas avoir tiré les enseignements », comme le dit Bernard Bourget dans une tribune paru sur le site de la Fondation Schuman. Traitant des propositions de la Commission pour la PAC 2020, l’auteur estime qu’il faut cesser de dévoyer la subsidiarité et que « la politique agricole commune ne peut pas être la simple juxtaposition de 27 plans nationaux ». Abordant également les questions de la ré-organisation des producteurs ou la mise en cohérence de la PAC et des autres politiques communautaires, il rejoint bien des réflexions menées par Agriculture Stratégies.

On ne peut qu’espérer que le successeur du Commissaire Hogan s’inspire de ce type de propos, plutôt que de la désinformation qui circule dans les cercles agricoles européens. « Se protéger de la volatilité des marchés avec des assurances comme aux Etats-Unis » est la principale “fake news” de la PAC. Et alors que les États-Unis viennent d’acter un nouveau Farm Bill dans la continuité du précédent, c’est l’occasion de voir réapparaître cette « fake news » dans des travaux commandités par le Parlement européen ou sur le site du think tank Farm Europe. Rappelons-le à nouveau, si les assurances sont au cœur de la gestion des risques climatiques aux États-Unis, ils utilisent des aides contracycliques quand les marchés sont déprimés.

Enfin, dans un article intitulé « Pas d’alimentation durable sans hommes ni vaches », nous reprenons les analyses de Cecile Détang-Dessendre et de Xavier Reboud, chercheurs à l’INRA, et celles d’un récent rapport de l’IDDRI qui montrent respectivement que le déclin du nombre d’agriculteurs n’est pas une bonne nouvelle pour l’environnement et que l’élevage de ruminants est nécessaire pour boucler le cycle de l’azote, passage obligé pour des systèmes de production durables.

Bonne lecture !

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