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Face au vide inquiétant du rapport de la Commission européenne sur le sucre, Agriculture Stratégies propose une base de réflexion pour réagir à l’urgence de la crise

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Communiqué de presse : Après s’être fortement impliquée pour signer un accord très controversé avec le Mercosur, la Commission européenne est apparue comme beaucoup plus timorée en publiant le rapport du groupe à haut niveau censé apporter des réponses à la crise du sucre qui touche l’Union européenne.

Le rapport en analyse mal les causes, minimisant l’effet de la suppression des quotas sur la surproduction mondiale et focalisant sur la production indienne qu’il accuse de tous les maux. Sans oublier le fait que le prix européen est désormais connecté au prix des exportations brésiliennes, alors que tous les autres pays producteurs ont des dispositifs de soutien, voire de sauvegarde.

Il en mesure mal les conséquences. La politique de biocarburants n’est pas évoquée alors même qu’elle est utilisée par les principaux pays producteurs comme un stabilisateur face à la volatilité des marchés du sucre. Et il occulte complètement les grands gagnants de la fin des quotas sucriers, tel Coca Cola et les autres acheteurs de sucre européen.

Aucun compromis politique n’est esquissé et le rapport s’en tient à constater les divergences d’intérêt entre les Etats-membres de l’UE : ceux qui importent, ceux qui veulent maintenir leur production nationale avec des aides couplées, et ceux qui, considérant avoir des conditions plus favorables, s’opposent aux aides couplées.

Si les instruments publics de gestion de crise à la disposition de la Commission sont évoqués, la situation de crise n’est pas pour autant caractérisée. Tout au plus est-il mentionné que le secteur du sucre doit « s’adapter aux nouvelles conditions de marché », qu’il connait « une transition » le temps que « le marché trouve ses nouveaux équilibres ».

A l’inverse, les outils privés de gestion des risques comme les assurances ou les fonds mutuels économiques sont mis en avant comme la seule solution. Et ce, alors même que le rapport précise, que ces instruments sont aujourd’hui virtuels et, au mieux, inopérants. A telle enseigne que le groupe de haut niveau demande à la Commission « d’initier une analyse complète de l’usage et de l’effectivité des outils de gestion des risques ».

En résumé, ce rapport traduit l’absence de stratégie d’une Europe qui ne protège pas et se limite à commenter la crise. A charge pour le secteur du sucre de trouver des solutions privées dont l’efficacité est d’emblée considérée comme très faible.

Par ailleurs, on relève que le Royaume-Uni, qui s’oppose à toute mesure de régulation au sein de l’UE, prévoit en cas de Brexit dur de mettre une taxe à 150€ par tonne sur ses importations de sucre1.  Or ce montant correspond à la différence entre le prix actuel européen et l’ancien prix plancher avant la dérégulation !

La reconstruction d’une politique sucrière européenne devient une ardente nécessité. Ce sera un des premiers chantiers de la future Commission. Agriculture Stratégies publie à cet effet son rapport :  Une politique sucrière européenne à reconstruire, qui analyse les causes de la crise et évalue les politiques sucrières des autres grands Etats producteurs de la planète pour tracer les grands axes de la réforme à venir.

 

1 https://www.gov.uk/government/publications/temporary-rates-of-customs-duty-on-imports-after-eu-exit/mfn-and-tariff-quota-rates-of-customs-duty-on-imports-if-the-uk-leaves-the-eu-with-no-deal#sugar

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